La mère est partie
Catherine O'Hara est morte. Elle avait 71 ans. Embolie pulmonaire, brutale, inattendue. Pour le monde, elle était mille choses. Moira Rose. Beetlejuice. Cinquante ans de comédie brillante. Pour moi, elle était Kate McCallister. La mère de Kevin.
Celle qui crie "KEVIN !" dans l'avion. Celle qui traverse l'Atlantique en camion de polka. Celle qui finit par rentrer, toujours, parce qu'une mère rentre toujours.
Le père était déjà parti
John Heard est mort le 21 juillet 2017. Crise cardiaque dans un hôtel à Palo Alto. Il avait 71 ans, lui aussi. Peter McCallister. Le père un peu dépassé, un peu effacé, mais présent. Celui qui comptait les enfants dans le van. Celui qui ratait le décompte, parce qu'il y en avait trop. Sa mort était passée presque inaperçue. Pas de gros titres. Pas de vague sur les réseaux. John Heard n'était pas une star. Mais il était le père.
Kevin est seul. Pour de vrai, cette fois.
Je sais que c'est fictif. Je sais que Kevin McCallister n'existe pas. Que c'est un personnage écrit par John Hughes, joué par Macaulay Culkin, dans un film de 1990. Mais il y a quelque chose de cruel dans cette réalité : les deux acteurs qui jouaient ses parents sont morts. Peter en 2017. Kate en 2026. Kevin est orphelin. Pas dans le film. Dans la vie. Dans ce qu'il reste quand on éteint l'écran.
Ce que ce film porte, désormais
Home Alone, c'était la légèreté. Le rire pur. Le Noël parfait. Maintenant, c'est aussi le temps qui passe. Les acteurs qui vieillissent et disparaissent. La nostalgie qui se teinte de deuil. Macaulay Culkin a 45 ans. Joe Pesci en a 82. Daniel Stern, 68. Le temps a fait son travail sur tout le monde.
Ce qui reste
Il reste le film. Il reste le rire de Kevin. Il reste les pièges, la musique, la neige. Il reste cette scène où Kate arrive enfin à la maison, essoufflée, épuisée, et où Kevin est là, devant la porte. Et ils se regardent. Et c'est Noël. Cette scène, je ne la regarderai plus jamais de la même façon. Mais je la regarderai encore. Parce que c'est ça, aimer un film. C'est accepter qu'il change avec nous. Qu'il porte de nouvelles cicatrices. Et qu'il soit toujours aussi beau, malgré tout.



